Rénovation énergétique : quand la demande explose mais que le BTP cale

Dans les Pyrénées-Atlantiques et les Landes, les entreprises du bâtiment vivent une situation paradoxale : une conjoncture tendue, un carnet de commandes parfois vide… et pourtant, une demande croissante en rénovation énergétique globale qui pourrait représenter une véritable bouée de sauvetage. Alors, qu’est-ce qui coince ? Tour d’horizon à partir des derniers rapports des CCI locales et des données nationales.

📉 Un BTP local sous tension

Les derniers baromètres économiques (2e semestre 2024) publiés par les CCI de Pau Béarn, Bayonne Pays Basque et Landes confirment un net ralentissement de l’activité dans le bâtiment :

Baisse des carnets de commande (près de 50 % des entreprises concernées à Pau),

  • Chiffres d’affaires en recul,
  • Trésoreries tendues et incertitudes sur les mois à venir,
  • Une visibilité commerciale très courte, même dans le segment de l’entretien-rénovation, pourtant réputé plus stable.

Dans ce contexte, la rénovation énergétique apparaît comme un levier de croissance attendu, mais encore peu accessible pour une majorité d’acteurs du BTP.

📈 Rénovation globale : la demande s’organise… côté particuliers



Les chiffres de l’ANAH pour 2024 parlent d’eux-mêmes :

  • Les rénovations globales explosent, avec plus de 70 000 dossiers déposés au premier semestre (soit +60 % par rapport à 2023),
  • Le parcours accompagné devient la norme, notamment avec l’exigence de deux classes DPE gagnées,
  • Le profil des chantiers évolue : plus de coordination, plus d’exigences techniques, plus de contrôles.

Mais pour répondre à cette demande, les entreprises doivent être prêtes à opérer des rénovations complexes, souvent pilotées par des accompagnateurs Rénov’ (MAR), avec plusieurs corps de métier mobilisés.

⏱️ Des délais MaPrimeRénov’ qui déstabilisent toute la chaîne

Un frein majeur remonte du terrain : les délais de traitement des dossiers MaPrimeRénov’ en rénovation globale, qui atteignent parfois plusieurs mois.

  • Validation du projet, demande de primes, acomptes, soldes… : chaque étape peut prendre 4 à 8 semaines, voire plus.
  • Cela génère une désorganisation importante pour les entreprises, qui doivent bloquer des créneaux sans garantie de démarrage.
  • Certaines préfèrent ne pas s’engager, ou refusent les chantiers soumis à MPR pour éviter l’asphyxie de leur planning.

🎤 « J’ai deux mois de creux maintenant, mais je ne peux pas lancer le chantier tant que le client n’a pas son accord MaPrimeRénov’. On attend, et on subit. » – témoignage d’un artisan RGE dans les Landes.



Ce phénomène est d’autant plus problématique que les rénovations globales sont longues, nécessitent plusieurs corps de métier, et représentent un enjeu organisationnel fort.

🧩 Des solutions locales à construire

Le potentiel est là, mais les conditions de mise en œuvre doivent évoluer pour rendre cette filière réellement opérationnelle à l’échelle locale :

  1. ✅ Accélérer les délais de réponse de l’ANAH, notamment pour les parcours accompagnés.
  2. 🧱 Structurer les groupements d’artisans, pour répondre à la demande sans faire porter toute la charge sur une seule entreprise.
  3. 📚 Former massivement les pros aux exigences techniques et administratives des rénovations performantes.
  4. 🔄 Renforcer le rôle des accompagnateurs Rénov’ pour fluidifier les démarches et rassurer les entreprises comme les ménages.

💬 En conclusion

La rénovation énergétique est bien plus qu’un effet de mode : c’est une transformation structurelle du marché du bâtiment. Mais pour qu’elle profite vraiment au tissu artisanal du Sud-Ouest, il est urgent de lever les freins : délais MaPrimeRénov’, lisibilité des aides, coordination interprofessionnelle…

Le chantier est immense. Mais à condition de mieux synchroniser l’offre et la demande, le BTP peut redevenir moteur d’emploi, d’activité, et de transition écologique locale.

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